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Jeu et réalité : l'espace potentiel

TitreJeu et réalité : l'espace potentiel
Publication TypeBook
Année1975
AuthorsWinnicott, DWoods
Edition1971
PublisherGallimard Paris
Mots-clésdynamique, jeu, jouer, processus, questionnement, Réalité, verbe
Full Text
  • “Jouer, c’est se créer” ou comme il le formule “Jouer, c’est faire” (p. 90)… Winnicott insiste fortement sur cet aspect : “…c’est quand elle cherche qu’elle existe plutôt que lorsqu’elle trouve ou est trouvée. […]", puis sa patiente : “Je voudrais m’arrêter de chercher et seulement ÊTRE. Oui, le fait de rechercher prouve qu’il y a un soi […] Oui, je vois, on pourrait postuler l’existence d’un Moi à partir de la question…”. Ainsi, toute réponse devient le malheur de toutes capacités à s’interroger, elle fige dans des savoirs l’Être (dimension représentative) et annihile toute forme de processus de l’Existé (dimension dynamique).

 

Trois objets : Objet-transitionnel - Objet de relation - Objet médiateur - Voir aussi :

 

 1 - Jouer, ce n’est pas du jeu - Play and playing is not game

  • Qu’est-ce qui fait que le petit enfant se sent vivant, bien avant de savoir être, dans l’immédiateté désexualisée d’un événement ? Les verbes d’action comme “JOUER” qui est un processus et non le substantif “JEU” comme objet bien nommé. De même que Bruno Bettelheim en 1984 dans son livre “Freud et l’âme humaine” pointe des problèmes de traduction entre autres du mot “psyché ou âme” traduit par le mot “esprit” en anglais, ce qui est loin d’être anodin, dans le livre de Donald Winnicott le mot “Play et Playing” de l’anglais est traduit en français par le mot “Jeu” ce qui est totalement un contresens. Un contresens dans le faîte que l’auteur parle de processus et donc du verbe d’action “Jouer” et non de l’objet substantifié “Jeu” qui lui se traduit par “Game” impliquant des règles et un cadre. Lorsque Winnicott d’écrit ce processus, il nomme le phénomène et non la chose se développant dans un espace de jeu. Et dans cet espace transitionnel entre une réalité interne psychique et fantasmatique à l’enfant et une réalité externe nommée réelle à la socioculturel, là apparaît son concept d’objet transitionnel, objet non-moi, permettant à l’enfant de développer une continuité temporalisée de son expérience. Le petit enfant passe ainsi de l’immédiateté au différé par et grâce à cette espace transitionnelle du jeu par investissement d’objets transitionnels substitutifs du manque de l’autre en soi. Le titre anglais “Playing and Reality” pointe bien ce problème de traduction qui impact le sens même de l’œuvre de Winnicott. La meilleure traduction serait donc : “Jouer et Réalité” et non Jeu et réalité (sans R majuscule en plus…).

2 - Du jouer au je

  • Enfin, le petit enfant n’est plus un simple “tube digestif” qui ne ressentirait rien et que la médecine opérait sans anesthésie puisque ses pleurs n’étaient que des réflexes somatiques à la douleur et non des angoisses psychiques d’une souffrance. Dans les années 60-70, avec Winnicott en Angleterre et Dolto en France le même combat surgit : le petit enfant est un sujet à part entière avec certes une psyché archaïque sans personnalité individuée, mais il est bien un être. Déjà formulé dans la dernière composition implicative rendu, “ce petit enfant comme sujet peut être privé du savoir de lui-même ou du monde, il peut ne pas comprendre le monde ou ses propres passions, il n’en est pas moins toujours conscient de son être comme identité active, c’est-à-dire, en premier il se sent comme corps-sujet agissant de par une conscience globale et non personnelle.” Ce petit enfant comme sujet reste dépendant du biologique, du symbolique et des liens pour maturer et qu’advienne sa personnalité individuée “sans trop de troubles” docteur. Par contre le travers, la psychologisation populaire des concepts de Winnicott et de Dolto ont transformé ce “bébé tube digestif” en “bébé roi”. Je ne pense pas que c’était la volonté de ces deux défricheurs de la petite enfance. L’enfant sujet oui, mais l’enfant sujet et roi non.

3 - Les objet tiers-régulateur légitimés

  • Tout au long de notre développement nous investissons des objets tiers qui ont pour fonction l’autorégulation du sujet. Je propose de reposer ce cadre théorique. Petit à petit ces objets changent de statut. Nous commençons par un objet non-moi mais comme faisant partie du Moi du narcissisme primaire de soi pour soi. Puis nous passons à un objet externe au Moi du narcissisme primaire de l’autre pour soi (chérie… tu m’aimes ?). Nous continuons par des objets à statut de concepts du narcissisme secondaire via un processus de symbolisation. Le premier est l’objet transitionnel privé et personnel de Winnicott, le second est l’objet de relation de Gimenez qui par contre est partagé avec l’autre comme ce travail-ci avec vous ou encore le fameux mémoire, puis nous intégrons des objets médiateurs (valeurs et LOC) qui vont réguler nos actions. Ces derniers ont la spécificité d’avoir une face interne privée et une face externe socioculturelle. Si l’une des faces est fragilisée ou attaquée, alors le sujet se sent en danger via l’expression d’une monté de stress, d’angoisse et le risque induit est l’effondrement narcissique du sujet. Mais revenons au thème du livre qui est l’espace puis l’objet transitionnel de Winnicott et ainsi de mes Doux-Doux. C’est bien de cela dont il s’agit… implique-toi boudiou. C’est parti

4 - La relation d’objet précoce entre le bébé et la Mère

  • Je n’ai aucune réminiscence de cette période de la prime enfance. L’amnésie de cette période pré-symbolique est courante et c’est sûrement pour cela que je n’ai aucun souvenir de mon doudou de l’époque. La seule chose qui ré-émerge, c’est le faîte d’être un enfant Mythos privilégiant l’instant et les processus, toujours dans mon monde imaginaire et non fantasmatique ne pouvant rentrer avec facilité dans le monde partagé et commun du Logos du dit réel des autres comme “produits et savoirs” fabriqués. Même mon adolescence est absente de ma mémoire ne vivant aucunes des préoccupations juvéniles boutonneuses face aux miroirs de l’altérité altérante. C’est comme si j’étais passé de l’enfance à l’adulte, poummm d’un coup. “Tu as refoulé…”, raté à cette période néni du refoulement dans l’inconscient, seulement nous avons de disponible le double retournement et renversement des pulsions, celui la même qui “fabrique” l’instance du Moi. Que sont donc cet espace et cet objet transitionnel qui pour ce dernier n’est ni un objet interne fantasmatique, ni un objet réel du dehors ? L’espace transitionnel serait une aire neutre d’expérience entre l’enfant et sa réalité interne et la mère de la réalité externe. Cette aire remplacerait ainsi l’illusion reliant le duo fusionnel par une désillusion. Pour ce faire, l’enfant va investir un objet transitionnel, qui n’a pas besoin d’être remis en question ou contesté, élue par lui pour remédier au processus d’illusion fusionnel se transformant en désillusion. Ce que nomme Winnicott le sevrage réel (accès au symbolique) et non le sevrage du sein biologique. L’homme, pour relier le monde interne de son imaginaire l’instituant et le monde externe de l’imaginaire socioculturel institué et nommé réel, il utilise cette aire intermédiaire de symbolisation comme espaces transitionnels. Cet espace est aménagé d’objets transitionnels différents suivant notre évolution psychique. En l’absence ou carence de cette aire de jeu, l’identité psychique du Moi résultant du processus de symbolisation sera impactée.

5 - Pré-selfie

  • Suivant la capacité du garant à subvenir aux besoins puis à palier aux angoisses de la position dépressive Kleinienne du petit enfant, il permet et voire même autorise l’enfant à transformer son royaume interne des illusions fantasmées. Pour Winnicott, cette aire de jeu transitionnelle est la base initiatique indispensable pour que la transformation des expériences des illusions soit opérante. Elle élabore le self de l’enfant en vrai self ou faux self suivant la présence ou la carence de ces espaces et objets transitionnels. Il serait ainsi le substitut pré-symbolique non pas seulement de la mère, mais surtout d’une pré-identitée archaïque de l’avènement du sujet-symbolique et post-symbolique ouvrant le théâtre de sa personnalité et du monde partagé.

6 - Paradoxe de l’objet et de son usage

  • Ainsi, le paradoxe pointant l’objet transitionnel dans son choix et son utilisation n’est pas à résoudre mais a assumer. Tout comme le sujet, ce paradoxe de la pré-individuation doit rester une énigme. Dans le cas contraire, vouloir décrire et résoudre le paradoxe de l’objet transitionnel est une façon indirecte de vouloir définir le sujet en élaboration. Et ainsi de le classifier, de le décrire, de croire que nous connaissons l’autre mieux que nous-même et ainsi de supprimer la présence à l’autre au bénéfice du représenter de l’autre. Ce paradoxe non résolu cultive l’incertitude de la fragile alliance mère-enfant, comme une confiance mutuelle où le mystère est essentiel. Résoudre ce paradoxe serait figé le sujet qui s’incarne par une réification statufiée autoreprésentée et autoproclamé dans un savoir figé. Ne pas résoudre ce paradoxe et l’assumer tel que, serait un pari sur l’incertitude et l’instauration d’une confiance mutuelle élaborative du sujet en devenir. C’est donner la primeur au processus de la praxis sur sa création comme substantif ou non-objet fabriqué de la poïesis.

7 - L’autre

  • Puisque je ne connaîtrai jamais l’autre totalement, puisque l’autre ne sera jamais l’objet de ma jouissance (fusion à la mère et au grand Tout de la période du narcissisme primaire d’objet), puisque il restera à jamais un sujet-mystère de mes manques et de mes pertes, la confiance qui s’instaure en l’autre dans un travail relationnel sera toujours un pari sur l’inconnu de cette relation. Relation où se joue l’incertitude des enrichissements mutuels des différences concomitantes.

8 - L’essence

  • Ce qui me paraît fondamental dans le travail précurseur de Winnicott, c’est sa vision processuelle des phénomènes (la praxis). Cette vision vient compléter la vision objet ou produits fabriqués de ces prédécesseurs que cela soit chez Freud, Lacan ou Klein (la poïesis). Je retrouve la même démarche chez W. Bion avec le processus de la connaissance C+ et C-. Quand certaines personnes s’arrêtent aux éléments alpha et bêta structurant comme objets psychiques, d’autres vont pointer le processus de la capacité de rêverie du garant. L’approche processus est complémentaire à l’approche objet, mais cette première est essentiel dans l’élaboration du Moi. Winnicott pose l’importance de l’espace transitionnel comme espace de “jeu” sans “Je”, sans devoir ni vouloir. Autrement dit, cette aire fait le pont entre un dedans et un dehors ou encore c’est la rencontre de l’imaginaire du sujet comme réalité interne avec l’imaginaire socioculturel comme réalité externe. Ce qui provoque le deuxième point, que ce pont est pré-symbolique des significations identitaires du self. Que ces significations pré-symboliques n’empruntent ni le langage fantasmatique interne à l’instituant, ni le langage du réel externe de l’institué. Que ce langage utilisant des objets transitionnels est d’un autre ordre et fondateur de l’identité en élaboration. Et comme dernier point, que ces espaces et objets transitionnels changeront avec l’évolution psychique du sujet. C’est en quelque sorte un travail aux limites du cadre institué.

9 - Et moi…

  • Actuellement, j’investis des espaces comme ma propre psychanalyse, l’IFAPP, l’université en sciences humaines et sociales pour finir un master. Que sont ces espaces ? Ils ne sont pas imaginaires, ils pourraient être décrits comme réel puisque ils sont incarnés, mais il n’en est rien. Ce sont des espaces transitionnels, des aires processuelles du verbe d’action jouer de “play” ou se confronte de par la symbolisation interprétative du Soi ou self le monde du dedans du “Moi” et le monde du dehors du “Je”. Ce processus de symbolisation est la jonction du Symbolum réunissant les parties de l’instituant fantasmé et du réel institué avec la trilogie (Signifiant/Signifié/Signe = Obligation) où pour Winnicott se rencontre trois univers fondateurs : les phénomènes personnels, l’aire transitionnelle de symbolisation et le “réel” incarné et partagé. Entre le phénomène et sa présentation comme signifiant du Ça et la représentation des signes du dit “réel” des Surmoi, mon Soi ou self comme témoin serait ainsi ce pont de l’interprétation qui est création par un travail aux limites des instances. L’interprétation du signifié est ce qui est entre ce qui est prêté à chacun des termes. La primauté n’appartient à aucun des trois mais au trois ensemble collaborant. Chacun séparément est un malade-psy de ses parts manquantes. L’intelligence collaborative de ce collectif psychique est indispensable, voire l’essence de l’essentiel. Quand l’un est une base structurante (Surmoi), l’autre est la base dynamique (Ça désire) et le troisième en mariant ce couple hétérogène impulse ce qui est prêté pour élaborer, engendrer (le Soi inter-prête).  
        
  • Pour revenir à Winnicott et à son livre, je pourrais ainsi formuler que : “Jouer, c’est se créer” ou comme il le formule “Jouer, c’est faire” (p. 90) ou encore l’action de jouer engendre le “Soi” et non l’inverse. Quand le “Je” prédomine et impose le jeu de “game”, ce “Je” omnipotent modifie et sclérose immanquablement l’espace transitionnel d’élaboration de sa propre identité. Ce serait un refus de l’expérience de la contradiction d’être (processus) se transformant en expérience contradictoire de l’expérience de l’être (nom-objet substantif) en relation à ce qui est autre que Soi. Comme le formule très joliment l’auteur, d’une part il rend à César ce qui est à César avec simplicité et humilité à propos des origines de l’espace et objet transitionnel en parlant des auteurs pointant ce phénomène (page 88-89 - Ainsi, ma pensée n’existe quand référée aux autres qui m’ont précédé comme Winnicott). D’autre part, comme “…c’est le jeu qui est universel et qui correspond à la santé : l’activité de jeu facilite la croissance et par la même la santé. Jouer conduit à établir des relations de groupe; le jeu peut-être une forme de communication en psychothérapie et, en dernier lieu, je dirai que la psychanalyse c’est développée comme une forme très spécialisée du jeu mise au service de la communication avec soi-même et avec l’autres. Ce qui est très naturel, c’est de jouer, et le phénomène sophistiqué du vingtième siècle, c’est la psychanalyse. Il serait bon de rappeler constamment à l’analyste non seulement ce qu’il doit à Freud, mais aussi ce que nous devons à cette chose naturelle et universelle, le jeu.” (p.90). Même si je l’avais formulé sans lire Winnicott en articulant la dialectique d’Aristote (Praxis/Poïesis), ou la dialectique contemporaine (Verbe/Substantif), ou encore ma dialectique (Jeu/Je), avec cette citation en renfort, je peux exprimer que ma propre analyse en psychanalyse serait ainsi un espace transitionnel de jeu et de symbolisation où les objets transitionnels seraient mes mots pour renouer avec l’action même de jouer élaborant mon “Soi” comme analysant en analyse. Winnicottien, j’étais sans le savoir, lorsqu’il écrit à propos même du faîte que sa patiente se questionne (p.125) et où l’acte du verbe (Play) est plus important que la réponse comme objet à saisir où elle exprime que ”Oui, je vois on pourrait postuler l’existence d’un Moi à partir de la question, comme on peut le faire à partir de la recherche”. De ce processus de réunion d’être en acte surgit le Soi de ce jeu réfléchi dans et par l’autre (Analyste), processus d’émergence d’un savoir co-élaboré opposé au processus d’intégration d’un savoir donné : “C’est cette créativité qui permet à l’individu d’être et d’être trouvé”. (p.126). En fin de compte, ce serait re-développer le pouvoir d’être du verbe référé à Narcisse du désir d’être via les miroirs de l’altérité (sinon c’est la honte de l’origine ou source de la pulsion) et assumer puis lâcher son pouvoir sur… de l’être comme substantif ou objet bien-nommé confronté à Œdipe et à son complexe de castration (Refoulement des orientations comme but et objets investies par la pulsion). Fort heureusement, le jeu et le fait de jouer remettent tout deux au beau fixe la pulsion désexualisée d’orientation épistémophilique comme tracteur ou moteur des autres orientations de la pulsion de l’ambivalence pulsionnelle (Vie/Mort), des joueurs jouant au jeu…  
     
  • Quels sont donc mes enjeux ? Le pouvoir d’être bien sûr… Alors jouons ensemble bien sûr. Si je transgresse et travaille aux limites, c’est pour mieux les appréhender, pour savoir où elles sont, jusqu’ou elles vont, à quoi elles servent, pour éprouver leurs véracités, etc… mais surtout pour avoir la capacité de me délimiter comme identité, pour pouvoir être, jouer tout simplement dans et par ces limites de la relation altérante… et ainsi éprouver et incorporer l’incorporel cadre d’une posture professionnelle en exploration élaborative. En quelque sorte, avec les mots de Winnicott, ce serait soit répéter sans questionner et gober ou soit appréhender pour avoir la faculté de jouer mon futur métier par cet espace de créativité sublimante et non de conformité aliénante… C’est aussi rendre intelligible par intropathie husserlienne mais surtout ricœurienne le cadre de cette altérité-miroir qui délimite la fenêtre et ses savoirs, qui circonscrivent le jeu, qui focalise le paysage psychanalytique de mon regard. Le multi-fenêtrage est un signe de bonne santé, le tout est de ne pas mélanger les paysages, sinon je risque de me prendre les pieds non pas dans le pouvoir d’être comme processus actif du Soi, mais dans la toute-puissance de l’être comme fabriqué Déifié de sa toute-puissance déchue. Le processus fabrique, l’inverse aliène. A vous lire, fabrice prévost.

 

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