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L’être et l’essence

TitreL’être et l’essence
Publication TypeBook
AuthorsGilson, É
Full Text
  • L'expérience d'être de l'Être
    Pour devenir un sujet parmi les autres : en premier c'est l'acte d'être comme verbe, comme processus ou comme praxis en relation à l'altérité qui élabore en second le sujet Être (individu) comme résultat, comme fabriqué ou comme poïesis. L'inverse n'existe pas. Faut-il que l'autre favorise et autorise cet acte d'être. L'articulation de ce phénomène (acte/résultat) ou (praxis/poïesis) en relation à ce qui est autre que soi serait le faite d'exister par et grâce à l'altérité : la conscience de Soi serait le résultat de l'acte d'être en relation.

L’étant (ens) serait l’essence (essentia) concrètement actualise par l’être (esse), l’existence (existentia) serait uniquement à designer (…) le mode d’être propre au devenir… (Gilson, E. 2008 pp. 21-22)

Mots

  • « essantia » = l’essence de l’être
    • signifie « l’être » ou le réel de ce qui est
  • « esse » = le fait d’être du verbe être
    • l’être qui par son expérience d’être devient un sujet > exister
    • processus ou praxis qui permet d’exister
  • « ex-sistere » = le mode d’être
    • de « sistere » > être placé
    • de  « Ex-sistere » paraître, se montrer, sortir de…
    • Mode opératoire et sa conséquence ou expérience d’être
    • Exister & Existence > Ce par quoi tout réel se distingue du néant
  • Être > avec une capitale, le résultat  du verbe être et du mode d'existence
    • Poïesis ou résultat de la praxis > l’Être comme Sujet qui dit Moi

Citations

  • « Existere » est manifestement composé de « ex «  et de « sisto », verbe dont le participe passé indique assez clairement quel ordre de notions il introduit. « Systere » peut recevoir bien des sens, notamment ceux d'être placé, de se tenir, de se maintenir, et, par conséquent, de subsister. « Ex-sistere » signifie donc, moins le fait même d'être que son rapport à quelque origine. C'est pourquoi les sens les plus fréquents d'exister sont ceux de paraître, se montrer, sortir de, au sens où nous lisons que les verts naissent du fumier. (…) « Existere » désignait d'abord dans leur langue l’acte par lequel un sujet accède à l’être en vertu de son origine. Un tel sujet subsiste donc, mais à partir d'un autre. (…) Existence constitue donc en fait le seul mode d'être nous avons l'expérience (…) Si la métaphysique voulait s'exprimer dans une langue technique faite à la mesure exacte de nos concepts, elle dirait ici de chaque « étant »  qu'il « est » par suite de son « existence », au lieu de dire qu'il existe pour signifier qu'il « est ». (Gilson, E. 2008 pp. 16-17)

  • Le dictionnaire le Littré pense que la fonction propre et primitive du verbe « être » n’est pas de signifier l’existence, mais l’attribution. (…)

    • Dire qu’un être quelconque « existe » peut signifier simplement qu’il « est » ou, alternativement, qu’il accède à l’être à partir de son origine.

    • Dire qu’un être quelconque « est » peut signifier simplement qu’il « existe » ou, s’il n’a aucune origine qu’il n’existe pas.

  • « La seule erreur de l'existentialisme est de se prendre pour une métaphysique, d'oublier la présence de l'acte en vertu duquel « l’étant » existe et, dans son effort légitime pour remettre de l'existence dans l’être, de l'avoir une fois de plus essentialisé. »  (Gilson, E. 2008 pp. 16-17)

  • « On serrerait de plus près le témoignage de la conscience en revenant à cette ancienne définition, rebattu au point d'en être désormais trivial : exister, c'est être posé en soi, hors de sa cause. La formule est en effet exacte, il s'agit de définir précisément ce que signifie d'abord le terme exister. Existo, ou plutôt existo, c'est « sistre ex », c'est-à-dire se tenir ou se poser en soi, à partir d'un terme antérieur dont on dépend. De là le sens de naître ou de s'ensuivre qui s'attachent à ce verbe dans le latin classique. » (Gilson, E. 2008 p. 253)

  • L’être est… « Parménide et Hegel ont raison, car l'être ainsi entendu n'est qu'une pure projection de la pensée conceptuelle s'objectivant hors d'elle-même sous forme d'une réalité intégralement soumise à sa propre loi. Mais l’être est peut également signifier que l'être est réel en vertu de son acte d'exister, auquel cas cette proposition devient à la fois la plus générale et la plus pleine des connaissances métaphysiques. Elle signifie alors cette vérité fondamentale que dans chaque cas particulier, l'erreur la plus grave que l'on puisse commettre au sujet d'un être, et d'oublier l’acte en vertu duquel il est. » (Gilson, E. 2008 p. 304)

  • «… Chaque être se comporte à son tour comme un acte d'existence et, dans les limites de son essence, il coopère comme cause à la fécondité de l'univers au sein du quel il se trouve lui-même situé. Le monde issu d'une telle cause présente ce caractère propre d'être et de rester (…) l’un d'entre une infinité d'autres univers possibles dont la structure nous est imprévisible. Une liberté suprême préside à sa naissance et jusqu'au choix des essences dont il tient sa structure intelligible. Cette liberté, il ne l'a pas simplement subi une fois pour toutes, il y participe à sa manière. Son histoire n'en est que le déploiement au cours du temps. (…) Tout être existe grâce à la fécondation d'une naissance par un acte d'exister. » (Gilson, E. 2008 p. 329)

  • «  La phénoménologie commence au point précis où la pensée s'efforce de saisir l'exister dans sa fonction propre de cause de l’être, c'est-à-dire dans son activité vitale et toujours inventive. C'est sans doute une erreur grave que de vouloir constituer une phénoménologie qui serait en quelque sorte elle-même sa propre métaphysique. Coupée de l’essence qu’elle actualise dans le temps, l’existence reste en une ignorance fatale de son origine et de sa nature la plus intime. Elle est littéralement dénuée de sens. Il n'est donc pas surprenant qu'elle ne s'en découvre aucun, et c'est pourquoi le terme vers lequel elle se dirige peut-être prédite avec certitude, une morale du désespoir ou de la résignation et un nihilisme ontologique compensé par l'arbitraire pur dans la création des valeurs. » (Gilson, E. 2008 p. 332)

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