C’est pour ton bien

TitreC’est pour ton bien
Publication TypeBook
AuthorsMiller, A
Full Text

Ce qu’un être peut subir comme injustice, humiliations, mauvais traitements et abus ne reste pas, contrairement à ce que l’on pense généralement, sans effet. Le drame est que l’effet des mauvais traitements se répercute sur de nouvelles victimes innocentes, même si la mémoire n’en est pas restée dans la conscience de la victime elle-même. […] Peut-on seulement parler de pardon, lorsque vous savez à peine ce que l’on vous a vraiment fait et pourquoi on vous la fait ? Or, enfants, nous avons tous étés dans cette situation. Nous ne pouvions pas savoir pourquoi on nous humiliait, on nous abandonnait, on nous menaçait, on se moquait de nous, on nous traitait comme un morceau de bois, on jouait avec nous comme avec des marionnettes, ou on nous battait jusqu’au sang, ou bien encore l’un et l’autre à tour de rôle. Pire : nous ne devions même pas nous apercevoir que tout cela nous arrivait parce qu’on nous présentait tous les mauvais traitements comme des mesures nécessaires pour notre bien. Même l’enfant le plus intelligent ne peut pas discerner un mensonge pareil quand il sort de la bouche de ses parents bien-aimée qui lui manifeste par ailleurs leur affection. Il est obligé de croire que le traitement qui lui est infligé est juste et bon pour lui, et il n’en tiendra pas rigueur à ses parents. Simplement, une fois adultes, il fera la même chose avec ses propres enfants, en voulant se prouver par la que ses parents ont bien agi envers lui. […] Pour que la colère, la rancœur et la haine ne se perpétuent pas éternellement, il faut que l’histoire des souffrances de la petite enfance soit entièrement dévoilée. Elles se changeront en deuil. […] Ce pardon ne peut pas s’obtenir par des prescriptions ni des commandements. […] Pouvoir exprimer des reproches contre ses propres parents (idéalisés) est une chance : cela permet d’accéder à la vérité de soi-même, permet le dégel de l’affectivité, le deuil et même, dans le meilleur des cas, la réconciliation. En tout cas cela fait partie du processus de guérison psychique.

 

  • Mépris et humiliation de l'enfant sujet

ddiction & Violence : c'est pour ton bien…

La source de la violence, qu’elle soit destructrice contre soi-même (addictions) ou qu’elle soit agressive vers les autres, pour Alice Miller, cette violence trouverait son origine dans notre prime enfance où nos affects seraient muselés, étranglés, interdits et voire même forclos (affect sans représentation). Nous aurions deux cheminements possibles. Ces cheminements dépendraient de l’oreille qui nous écoute, nous autorise, nous accompagne dans cette transformation des énergies psychiques socialement recevables. Ainsi, d'un côté nous pouvons refouler nos affects interdits dans l’inconscient sans en débattre et ultérieurement (retour du refoulé) soit nous culpabilisons (victime) ou soit nous l’exprimons (agresseur) sans savoir réellement pourquoi. Et d'un autre côté, nous pouvons aussi sublimer nos affects et les transformer par nos actes conscients (œuvre).

 

A - Expression du vivant chez l’enfant

  •  A1 - Orientation de la pulsion : Refouler / Sublimer
    • Dans ce livre l’auteur parle de l’Être autorisé à être, ou autrement dit, elle dénonce la persécution du vivant et le viol psychique du petit enfant entre deux cheminements possibles des orientations de sa pulsion : la refouler ou la sublimer. Pour l‘auteur, lorsqu’est tuée dans l’œuf l’expression du vivant chez le petit enfant, quand l’autorisation de ses affects, de joie comme de peine, sont muselés à leurs sources, tout cela dans le souci de l’élever ou de le dresser aux normes du groupe social, alors ce petit enfant qui a vécu ce viol psychique de son être n’a qu’une solution : c’est de refouler ses affects.
  • A2 - Amour & Reconnaissance
    • Il refoulera ses pulsions primitives, pour pouvoir conserver l’amour et la reconnaissance de ses parents ou des figures d’attachement. Ainsi, il fera le déni d’une partie de lui-même, puis il culpabilisera d’avoir eu ses affects interdits. Cette amnésie de sa petite enfance sera forclose de toutes représentations, mais restera là présente dans son corps émotions. Cette partie enfouie dans son inconscient personnel refoulé sera plus tard les racines mêmes de la violence exprimée par des comportements agressifs vers l’autre et des comportements de destruction de soi par autopunition (addictions, anorexie, boulimie, etc.).
      • Par contre, lorsque l’expression du vivant est autorisée et possible, la culpabilité et le refoulement n’ont plus lieu d’être. Ils laisseraient la place à la responsabilité, dans le sens assumé, et à la sublimation par transformation des affects qui traversent l’être.

B - Violence éducative : Élever & Dresser

  •  B1 - Éduquer ce serait dresser !…
    • Dans son premier chapitre, l’auteur assimile l’éducation à un système de conformation sociale qui ainsi aliène et persécute l’enfant, le sujet comme phénomène vivant d’où son titre : l’éducation ou la persécution du vivant. De même, la pédagogie est observée sous ces facettes de conformation et régularisation. Beaucoup d’exemples illustrent et montrent les interprétations de l’auteur. L’auteur pointe du doigt les systèmes éducatifs et les dispositifs pédagogiques niant l’éduqué : ici les petits enfants.
  • B2 - Pédagogie noir & Pédagogie blanche
    •  Ainsi, ils ne sont pas éduqués au sens propre du terme. Ils sont élevés et dressés. Deux mots dont l’auteur ne fait pas la nuance en parlant des deux formes de pédagogie, celle de la pédagogie noire, celle de l’autoritarisme et de sa violence physique, et de la pédagogie blanche, celle de la bienveillance et de sa violence psychique. Quelque soit la pédagogie, ce serait toujours pour leur bien…
      • Cette bienveillance revient au grand galop en France dans nos années 2018. Plus de 20 ans après l’écriture de son ouvrage cela dénote d’un retour de cette pédagogie blanche. Ces deux formes de pédagogie sont idéologiques, elles s’appuient sur des référentiels de valeurs moralisateurs du bien et du mal.
  • B3 - Projection & Failles narcissiques des garants
    • L’auteur montre comment un enfant peut subir les projections des adultes sous le prétexte éducatif avec leurs dispositifs pédagogiques. Dans ce cas, les adultes bien souvent rejouent leurs propres failles narcissiques sur l’enfant malléable. L’enfant n’est pas sujet de lui-même mais devient l’objet des désirs et angoisses des adultes. En cela le style éducatif et les dispositifs pédagogiques (Noir/Blanc) décrits par l’auteur, nommés persécution du vivant, vont générer chez les petits enfants des refoulements qui deviendront plus tard les racines de la violence vers l’autre sous forme d’agressivité et de la violence vers soi-même de l’autodestruction (addictions entre autres).

C - Carte mentale ou heuristique (voir http://webjonction.fr/article/node/550)

  • Dans le schéma ci-dessous nous avons tenté de représenter les deux cheminements ou orientations de la pulsion de vie. Lorsque le cheminement du haut ne refoule pas mais sublime et transforme l’énergie psychique en pulsion de création et d’élaboration, le cheminement du bas du refoulement va transformer la pulsion de vie en pulsion de mort par des compulsions de répétition soit dirigées contre soit même (renversement de l'orientation de la pulsion) soit sur les autres (retournement de l'orientation de la pulsion).

D - Critique

  • Remarques

    • Dans cet ouvrage l’auteur ne fait pas la distinction entre deux formes de violence. À remarquer que nous trouvons la même confusion concernant le stress, l’angoisse, l’anxiété qui vont s’étayer soit sur une réaction physiologique, soit psychique.

    • Réactions physiologiques

      • Nous avons d’un côté la violence qui est une réaction physiologique. Elle répondrait à la pulsion d’autoconservation de l’organisme comme survie puisque notre “seul raison d’être c’est être” (Henri Laborit). Les animaux répondent à celle-ci. Cette réaction va court-circuiter les réactions du cerveau. Un accouchement est en soit un événement violent, mais il n'est à la base ni agressif et ni destructif.

    • Réactions psychiques

      • D’un autre côté nous avons la violence qui est une réaction psychique. Elle répondrait à la pulsion sexuelle des frustrations et refoulement divers de notre psyché dont parle l’auteur. Cette dernière s’exprimerait soit via soit l’agressivité sur les autres (femmes et enfants battues, viol, extermination de masse, etc.), soit via la destruction visible dans les comportements d’addictions, de mélancolie et de suicide.

    • De même, l’éducation est uniquement tracée sous ces formes délétères du dressage et de l’élevage et non sous sa forme salutaire de l’accompagnement et de l'étayage. Dommage que l’auteur ne tienne pas compte des avancées des sciences de l’éducation qui ne sont ni de l’élevage ni du dressage tel qu’elle le cite dans ces pédagogies (Noir/Blanc) du XXe siècle. L’éducation est avant tout un processus d’accompagnement et d’étayage du sujet en symbolisation de son identité : Moi. L’éducation n’est pas une procédure de guidage sous forme d’élever, de dresser ou encore de rééduquer. La nuance est de taille et l’auteur passe à côté, dommage puisque le nœud de son propos est le sujet en devenir et la violence.

 

Citations

  • Pour être soi, c’est se séparer de l’autre
    • “Il fallait qu’ils se dégageassent de l’imbrication avec les parents pour définir les limites de leur propre personnalité.” (Miller A. 1980 p. 21)
  • Thérapeute, un miroir
    • “La répression des besoins instinctuels n’est qu’une partie de leur répression massive exerce la société sur l’individu. Cependant, du fait qu’elle ne s’exerce pas seulement à l’âge adulte mais dès les premiers jours de la vie, par l’intermédiaire des parents souvent pleins de bonnes intentions, l’individu n’est pas en mesure de retrouver en lui-même sans aide extérieure les traces de cette répression. C’est comme un homme à qui l’on aurait imprimé une marque dans le dos et qui, sans l’aide d’un miroir, ne pourrait jamais la découvrir. La situation analytique et une de celles qui présentent cette sorte de miroir.” (Miller A. 1980 p. 25)
  • Origines des psychopathologies
    • “Les névroses et les psychoses ne sont pas les conséquences directes de frustrations réelles mais l’expression du refoulement du traumatisme. Lorsque tout l’effort entrepris vise à éduquer des enfants de telle sorte qu’il ne s’aperçoit pas de ce qu’on leur inflige, de ce qu’on leur dérobe, de ce qu’ils perdent, de ce qu’ils auraient été et de ce qu’ils sont, et lorsque cette éducation est entreprise assez tôt, dans sa vie d’adulte le sujet ressent la volonté de l’autre, sans parler de son intelligence, comme la sienne propre. Comment pourrait-il savoir que sa propre volonté a été brisée alors qu’il n’a jamais pu en faire l’expérience ? Et pourtant, c’est ce qui peut le rendre malade.” (Miller A. 1980 p. 33)
  • Penser par soi-même
    • “Avoir sa propre volonté et sa propre opinion était considéré comme une marque d’obstination, et par conséquent interdit.” (Miller A. 1980 p. 71)
  • Le mépris de l’enfant
    • “Le mépris et la persécution de l’enfant dans toute sa faiblesse, ainsi que la répression de la vie, de la créativité et de la sensibilité en lui comme en nous-mêmes, s’étendent à de si nombreux domaines que nous nous ne les remarquons presque plus. Les degrés d’intensité des sanctions varient, mais on retrouve presque partout la tendance à éliminer le plus vite possible les éléments infantiles, autrement dit l’être faible, dépourvu et dépendant qui nous habite, pour que se développe enfin l’être puissant, autonome et actif qui mérite le respect. Et quand nous rencontrons ce même être faible chez nos enfants, nous ne poursuivons avec des moyens analogues à ceux que nous avons employés pour le combattre en nous-mêmes et nous appelons cela l’éducation.” (Miller A. 1980 p. 91)
  • Morale & Vertus, des prothèses
    • “Les deux attitudes, aussi bien celle qui admire que celle qui méprise, passe très certainement à côté de la vérité : l’individu qui, au sein d’un régime totalitaire, refuse de s’adapter, ne le fait de guère par sens du devoir, ni par naïveté, mais parce qu’il ne peut pas faire autrement que de rester fidèle à lui-même. […] Le courage, l’honnête et l’aptitude à aimer les autres ne doivent pas être considérés comme des vertus, ni comme des catégories morales mais comme les conséquences d’un destin plus ou moins clément. La morale est le sens du devoir sont des prothèses auxquels il faut recourir lorsqu’il manque un élément capital. Plus la répression des sentiments a été profonde dans l’enfance, plus l’arsenal d’armes intellectuelles et la réserve de prothèses morales doit être important, car la morale et le sens du devoir ne sont ni des sources d’énergie, ni le terrain propice aux véritables sentiments humains. Les prothèses ne sont pas des éléments vivants on les achète et elles peuvent servir à diverses personnes. […] Le sens du devoir n’est certes pas un terrain propice au développement de l’amour, mais à celui de sentiments réciproques de culpabilité. Par des sentiments de culpabilité qui durent toute la vie et une reconnaissance qui le paralyse, l’enfant est tout à jamais lié à la mère.” (Miller A. 1980 pp. 122-123)
  • idéologie
    • “L’être qui a appris dès sa plus tendre enfance comme une nécessité vitale l’application de lois non écrites, et le renoncement à ses propres sentiments, sera d’autant plus prompte à obéir plus tard aux lois écrites, et ne trouvera pas en lui de quoi se protéger contre elles. Mais comme un être humain ne peut pas vivre totalement dénué de tout sentiment, il se rallie à des groupes par lesquels les sentiments qui lui ont été interdits jusqu’alors sont admis, voire encouragé, ils peuvent donc enfin être vécus au sein d’un collectif. Toute idéologie offre cette possibilité de décharges collectives des affaires accumulées couplée avec l’attachement à des objets primaires idéalisés, qui est transféré à de nouveaux personnages de chef ou au groupe tout entier, comme substitut de la bonne symbiose avec la mère que le sujet regret. L’idéalisation du groupe investit de façon narcissique garantie de caractère grandiose collectif.” (Miller A. 1980 pp. 124)
  • Éducation dressage : nazisme et holocauste
    • “Leur éducation visait dès le départ à exterminer tout ce qui relevait de l’enfance, du jeu et du vivant. Il fallait qu’ils reproduisent exactement de la même manière l’atrocité commise sûre, le meurtre de lames perpétrées sur les enfants qu’ils avaient été : chez ces enfants juifs qu’ils envoyaient à la chambre à gaz, il ne faisait jamais pu reproduire inlassablement le meurtre de leur propre existence d’enfants.” (Miller A. 1980 pp. 125)
  • Image de soi négative
    • "La plupart de ses enfants avaient une vision extrêmement négative d’eux-mêmes, ils se décrivaient comme des enfants bêtes, que personne n’aimait, qui ne savaient rien faire, et qui étaient vilain. Ils ne réussissaient pas à s’avouer fier de quelque chose qu’ils savaient manifestement bien faire. Ils hésitaient à entreprendre quoique ce fût de nouveau, ils avaient toujours peur de faire quelque chose de mal et ils avaient très vite honte. Certains semblaient n’avoir aucune conscience d’eux-mêmes. On peut voir en cela le reflet de la conception des parents qui ne perçoivent l’enfant en tant que personne autonome mais uniquement en fonction de la satisfaction de leurs propres besoins. […] Ces enfants, ils se montraient très critiques vis-à-vis d’eux-mêmes comme vis-à-vis des autres, et se révoltaient ou expliquaient de très grandes colères lorsque d’autres enfants enfreignaient leurs règles absolues du bien et du mal." (Miller A. 1980 p. 127)
  • Satisfaire l’adulte - Répétition du même - Projection
    • “On aurait dit que ses enfants, d’une façon générale, étaient là pour la satisfaction des besoins de leurs parents. […] L’éducation c’est dans bien des cas à empêcher que ne s’éveille à la vie chez son propre enfant ce que l’on a jadis situé en soi-même. […] Le principe pédagogique selon lequel il faudrait orienter dès le départ l’enfant dans une certaine direction naît du besoin de dissocier du soi les éléments inquiétants de sa propre intériorité et de les projeter sur un objet disponible. Le caractère malléable, souple, sans défense est disponible de l’enfant ont fait l’objet idéal de ce type de projection. L’ennemi intérieur peut enfin être combattu à l’extérieur.” (Miller A. 1980 pp. 129-130)
  • Violence & Maltraitance
    • “Le fait qu’un individu maltraite ses enfants ne provient pas tant de son caractère et de son naturel que du fait qu’il a été lui-même maltraité dans son enfance, et qu’il n’a pas pu se défendre.” (Miller A. 1980 p. 149)
  • Interdit d’être & Conséquence : toxicomanie et suicide de soi
    • “La plus grande cruauté que l’on inflige aux enfants réside dans le fait qu’on leur interdit d’exprimer leur colère ou leurs souffrances, sous peine de risquer de perdre l’amour et l’affection de leurs parents. Cette colère de la petite enfance s’accumule dans l’inconscient, et comme elle représente dans le fond un pressant potentiel d’énergie vitale, il faut que le sujet dépense une énergie égale pour le maintenir refoulé points il n’est pas rare que l’éducation qui a réussi à étouffer le vivant, pour épargner les parents, conduits au suicide ou à un degré de toxicomanie qui équivaut à un suicide. Lorsque la drogue a servi à combler le vide créé par le refoulement des sentiments et l’aliénation du choix, la cure de désintoxication faire réapparaître ce vide. Et lorsque la cure de désintoxication ne s’accompagne pas d’une récupération des facultés de vie on peut s’attendre à des rechutes.” (Miller A. 1980 p. 151)
  • Figures parentales demeurent idéalisées
    • “Comme bien souvent chez les toxicomanes, les deux figures parentales demeurent idéalisées. C’est la jeune femme elle-même qui se sent coupable d’être si faible, de faire si terriblement honte à ses parents, et de les avoir tellement déçus. Elle semble également penser que la société coupable – ce qui n’est bien évidemment pas contestable. Mais le véritable drame, le conflit entre la nostalgie du mois véritable et la nécessité de s’adapter aux besoins des parents, n’est pas vécu, tant que le sujet peut protéger ses parents de ses propres reproches.” (Miller A. 1980 p. 156)
  • Enfant vivant étouffé
    • “Un être qui, avec ou sans châtiments corporels, a été contraint dès le départ étouffé en lui l’enfant vivant, ou à le bannir, alors rejeté et à le persécuter, aura toute sa vie le souci de ne pas laisser cette menace intérieure se manifester à nouveau. Mais les forces psychiques sont d’une telle résistance qu’elles sont rarement étouffées définitivement.” (Miller A. 1980 p. 166-167)
  • Tolérance & Pardon des parents idéalisés
    • “L’enfant, sa tolérance sans limite, il est toujours fidèle et même fier que son père, qui le bat comme une brute, ne fait jamais de mal à une bête ; et il est prêt à tout lui pardonner, apprendre toujours toute la faute sur lui.” (Miller A. 1980 p. 168)
  • Comprendre ?
    • “Si l’on ne s’en tient pas à l’histoire, et si l’on se pose […] la question du pourquoi, on n’y trouve une explication exacte non seulement de la nature de la toxicomanie, mais aussi de celle des autres formes de comportement humain qui nous choquent par leur absurdité et que notre logique n’arrive pas à comprendre. Devant un héroïnomane en train de ruiner sa vie, nous ne sommes que trop enclins à recourir à des arguments raisonnables, ce qui est pire, à vouloir intervenir avec des mesures éducatives.” (Miller A. 1980 p. 181)
  • Anorexie & Auto-culpabilité
    • “L’anorexie trahit tous les éléments d’une éducation rigoureuse : inflexibilité, dictature, système de surveillance, contrôle, incompréhension et manque de sensibilité aux véritables besoins de l’enfant. […] La loi suprême de ce système de police dit : tous les moyens sont bons pour que tu deviennes tel que nous avons besoin de t’avoir, et ce n’est qu’ainsi que nous pouvons aimer. C’est ce qui se reflète ultérieurement dans la terreur anorexique. Le poids est contrôlé à 5 g près, et le coupable puni chaque fois qu’il dépasse la limite.” (Miller A. 1980 p. 183)
  • Comportements absurdes & Prévention
    • “Tout comportement absurde a son origine dans la petite enfance, et la cause en demeure introuvable tant que la manipulation des besoins physiques et psychiques de l’enfant n’est pas considérée par les adultes comme de la cruauté, mais comme une mesure éducative nécessaire. […] Pour éviter un comportement absurde et autodestructeur chez l’adulte, les parents n’ont pas besoin de faire de grandes études de psychologie. S’ils réussissent à éviter de manipuler l’enfant en fonction de leurs propres besoins, d’abuser de lui et de troubler son équilibre végétatif, l’enfant trouvera dans son propre organisme la meilleure protection contre les exigences indues. Le langage de son corps et ses signaux lui sont familiers dès le départ.” (Miller A. 1980 pp. 184-185)
  • Mystère & Absence de sens
    • “C’est précisément ce qui reste mystérieux, ce que taisent les parents, ce qui touche à leurs sentiments de honte, de culpabilité et d’angoisse, qui inquiète les enfants. L’une des principales possibilités d’échapper à cette menace est l’activité fantasmatique ou le jeu. Le fait de pouvoir jouer avec les accessoires des parents donne à l’adolescent le sentiment de pouvoir avoir sa part de leur passé.” (Miller A. 1980 p. 187)
  • Même la cruauté involontaire fait mal : Tout bourreau a été un jour victime
    • “Ce qu’un être peut subir comme injustice, humiliations, mauvais traitements et abus ne reste pas, contrairement à ce que l’on pense généralement, sans effet. Le drame est que l’effet des mauvais traitements se répercute sur de nouvelles victimes innocentes, même si la mémoire n’en est pas restée dans la conscience de la victime elle-même. […] Peut-on seulement parler de pardon, lorsque vous savez à peine ce que l’on vous a vraiment fait et pourquoi on vous la fait ? Or, enfants, nous avons tous étés dans cette situation. Nous ne pouvions pas savoir pourquoi on nous humiliait, on nous abandonnait, on nous menaçait, on se moquait de nous, on nous traitait comme un morceau de bois, on jouait avec nous comme avec des marionnettes, ou on nous battait jusqu’au sang, ou bien encore l’un et l’autre à tour de rôle. Pire : nous ne devions même pas nous apercevoir que tout cela nous arrivait parce qu’on nous présentait tous les mauvais traitements comme des mesures nécessaires pour notre bien. Même l’enfant le plus intelligent ne peut pas discerner un mensonge pareil quand il sort de la bouche de ses parents bien-aimée qui lui manifeste par ailleurs leur affection. Il est obligé de croire que le traitement qui lui est infligé est juste et bon pour lui, et il n’en tiendra pas rigueur à ses parents. Simplement, une fois adultes, il fera la même chose avec ses propres enfants, en voulant se prouver par la que ses parents ont bien agi envers lui. […] Pour que la colère, la rancœur et la haine ne se perpétuent pas éternellement, il faut que l’histoire des souffrances de la petite enfance soit entièrement dévoilée. Elles se changeront en deuil. […] Ce pardon ne peut pas s’obtenir par des prescriptions ni des commandements. […] Pouvoir exprimer des reproches contre ses propres parents (idéalisés) est une chance : cela permet d’accéder à la vérité de soi-même, permet le dégel de l’affectivité, le deuil et même, dans le meilleur des cas, la réconciliation. En tout cas cela fait partie du processus de guérison psychique.” (Miller A. 1980 pp. 329 à 335)
  • Violence
    • “Toutes les vies et toutes les enfances sont pleines de frustrations, il ne peut pas en être autrement ; car même la meilleure des mères ne peut satisfaire tous les désirs et tous les besoins de son enfant. Cependant ce n’est pas la souffrance des frustrations qui entraînent le trouble psychique mais l’interdiction de cette souffrance, l’interdiction de vivre et d’exprimer la douleur des frustrations subies, interdiction qui émane des parents et qui a le plus souvent pour but d’épargner leur défense. […] Mais l’enfant n’a pas le droit de lutter avec les dieux ni avec ses parents, ni avec ses éducateurs. Il n’a pas le droit d’exprimer ses frustrations, il doit réprimer ou nier ses réactions affectives, qui s’amassant lui jusqu’à l’âge adulte pour trouver alors une forme d’exutoire déjà différente. Ces formes d’exutoire vont de la persécution de ses propres enfants par l’intermédiaire de l’éducation jusqu’à la toxicomanie, à la criminalité et au suicide, en passant par tous les degrés des troubles psychiques.” (Miller A. 1980 pp. 339-340)
  • Racine de la violence
    • “Ce n’est pas le traumatisme en lui-même qui rend malade mais le désespoir total, inconscient est refoulé de ne pouvoir s’exprimer au sujet de ce que l’on a subi, de n’avoir pas le droit de manifester de sentiments de colère, d’humiliation, de désespoir, d’impuissance ni de tristesse, ni même le droit de les vivre. C’est ce qui conduit beaucoup d’individus au suicide, parce que l’existence ne semble plus valoir la peine d’être vécu à partir du moment où tous ces sentiments profonds, qui font la texture du vrai soit, n’ont absolument pas le droit de vivre. Bien sûr, on ne peut pas poser de postulats disant que les parents ont le devoir de supporter ce qu’ils ne peuvent pas supporter, mais on peut toujours les confronter à la certitude que ce n’est pas la souffrance qui a rendu leur enfant malade, mais le refoulement de cette souffrance que l’enfant s’imposait pour l’amour de ses parents.” (Miller A. 1980 p. 345)

 

 

 

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