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Le drame de l’enfant doué

TitreLe drame de l’enfant doué
Publication TypeBook
AuthorsMiller, A
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Dans ce livre, l’auteur, avec une écriture fluide plus littéraire que psychanalytique,  parle de l’importance de différents points élaborant notre psyché personnelle de la petite enfance à l’adolescence conditionnant nos comportements et symptômes d’adulte. Tout comme Lacan l’exprime par son schéma “L”, elle développe l’importance essentielle des parents miroirs comme figures d’attachements. Ces miroirs renvoient un reflet Moi, par lequel l’enfant élabore son identité en devenir. La qualité de ces miroirs est questionnée…

 

  • Mépris et humiliation de l'enfant sujet

Fiche de lecture

  • Dans ce livre, l’auteur, avec une écriture fluide plus littéraire que psychanalytique,  parle de l’importance de différents points élaborant notre psyché personnelle de la petite enfance à l’adolescence conditionnant nos comportements et symptômes d’adulte. Tout comme Lacan l’exprime par son schéma “L”, elle développe l’importance essentielle des parents miroirs comme figures d’attachements. Ces miroirs renvoient un reflet Moi, par lequel l’enfant élabore son identité en devenir. La qualité de ces miroirs est questionnée : seront-ils un rayonnement de la vie (Amour agapé de la Grèce ancienne ou l’Amour tout autre de Misrahi), ou ces mêmes miroirs projetteront-ils leurs propres désirs et attentes en niant ceux de l’enfant ? Dans ce dernier cas, les failles narcissiques des parents, leur manque à être, se projetteront sur leurs enfants dans l’attente d’une réparation potentielle : l’enfant porte la charge sur ses épaules. Dans cette approche toute systémique, ces reflets du Moi de l’enfant seront porteurs des symptômes vécus en boucles à l’âge adulte. Ce Moi fragilisé s’exprime par des comportements de la dépression ou de la grandiosité ; ce Moi a pu être aussi humilié exprimé dans ce cas par la honte d’être ou d’exister, puis par la culpabilité induite de ne pas mériter cet amour élaborateur : “faire ceci ou cela, pour être la bonne petite fille de ces parents et mériter leur reconnaissance”. L’enfant nié dans sa propre existence et dans ses propres sensations, ressenties, émotions et sentiments, vivra en adulte avec un Moi fragilisé. Travailler sur la relation systémique de la petite enfance entre les garants comme miroirs et l’enfant que nous avons été, permettrait ainsi de déverrouiller nos boucles symptomatiques nous aliénant.

Critique

  • Par contre, dans ce livre des années 1990-2000, certaines confusions existent encore entre les idées d’instinct, de besoin et de désir. Nous savons que l’amour maternel n’a rien d’instinctif. Nous savons aussi que sommes programmé pour ne pas l’être. Nous savons encore que nous sommes des êtres de culture, notre histoire, conditionnant notre psyché en plus que des êtres de nature de notre corps qui engramme nos émotions. Depuis l’existentialisme, la phénoménologie complétée par la systémie et la théorie Quantique, nous savons aussi qu’un sujet (relation d’objet) n’est que la résultante de la qualité des relations existantes (relation de milieu). Un sujet porte les symptômes des relations qui le relient aux autres, à l’altérité. Le Moi en est sa résultante.
     
  • Ce livre montre à quel point notre histoire écrite dans notre enfance conditionne les comportements et symptômes de l’adulte. Tous les thérapeutes devraient eux-mêmes avoir fait ce travail d’élucidation afin de comprendre leurs contre-transferts et ainsi pouvoir l’utiliser à des fins d’élaboration pour leurs clients ou patients et non d’en être prisonnier

Thèmes

  • de la prime enfance jusqu’à l’adolescence où nous implantons les bases de la psyché et ces symptômes
  • de l’Amour agapé inconditionnel attendu par l’enfant comme autorisation à être
  • de la qualité du miroir des garants dans lequel l’enfant se reflète et élabore son Moi
  • des failles narcissiques de ces miroirs projetées sur l’enfant
  • des attentes inconscientes de réparation de ces miroirs ayant des failles narcissiques
  • des interdits sociaux culturels imposés à l’enfant : amour, oui… haine, non…
  • de la nécessité pour le thérapeute d’avoir lui-même élucidé ses aliénations

Citations

  • « Un nouveau-né est entièrement à la merci de ses parents, pour le meilleur et pour le pire. Et comme sa vie même dépend de leur assistance, il fera tout pour ne pas la perdre. Dès le premier jour, il s'y emploiera avec toutes ses possibilités comme une petite plante qui se tourne vers le soleil pour survivre. » (Miller, A. 1994, p. 8)

  • « Tout enfant a le besoin légitime d'être vu, compris, pris au sérieux et respecté par sa mère. (…) La mère regarde le bébé qu'elle tient dans ses bras, le bébé regarde le visage de sa mère et s'y retrouve lui-même… à condition que le regard de la mère soit vraiment posé sur ce petit être unique, sans défense, et non sur ce qu'elle forge pour lui : ses propres attentes, ses angoisses, ses rêves, qu'elle projette sur l'enfant. Dans ce dernier cas l'enfant trouve dans le visage de sa mère non sa propre image, mais celle de la détresse de sa mère. Et lui, il reste privé de miroir, et le cherchera vainement tout le long de sa vie. »  (Miller, A. 1994, p. 29)

  • « Mais cette relation, où l'enfant est exploité, manque de composantes vitales comme l'assurance qu'il peut compter sur sa mère, la continuité, la stabilité et surtout elle ne lui offre pas un espace où ils pourraient vivre ses sentiments et ses sensations. Il développe alors quelque chose dont sa mère a besoin et qui certes va, à cette période, lui sauver la vie mais risquera de l'empêcher, jusqu'à la fin de séjour, d'être lui-même. En pareil cas, les besoins naturels de l'enfant, correspondant à son âge, ne peuvent être intégré, mais sont écartés ou refoulés. Plus tard, cet individu vivra dans son passé. Sans le savoir. »  (Miller, A. 1994, pp. 31-32)

  • « On échappe à la dépression quand le sentiment de sa propre valeur s'enracine dans l'authenticité des sentiments que l'on éprouve, et non dans la possession de telle ou telle qualité. » (Miller, A. 1994, p. 35)

  • « L’effondrement du sentiment de sa propre valeur chez l'individu 'grandiose' montre très nettement qu'en réalité il était suspendu en l'air. (…) Le 'grandiose' ne peut renoncer sans thérapie à la tragique illusion que l'admiration équivaut à l'amour. (…) Le 'grandiose' n’est jamais réellement libre, car il est constamment dépendant de l'admiration des autres, et parce que cette admiration est liée à des qualités, des fonctions et des performances qui peuvent brutalement s'écrouler. » (Miller, A. 1994, pp. 35-36)

  • « Si cet homme avait une mère qui, en dépit de sa pauvreté, a pu et su lui donner, dans cette première et si décisive années de la vie, de l'amour véritable, une protection et un sentiment de sécurité, il a été mieux équipé pour surmonter les mauvais traitements ultérieurs que quelqu'un dont l'intégrité a été blessée dès sa naissance, qui n'avait pas le droit d'avoir sa propre vie, qui, dès le départ, a dû apprendre que son existence avait pour seul sens de rendre sa mère heureuse. » (Miller, A. 1994, p. 41)

  • « Nous ne pouvons pas aimer vraiment s'il nous est interdit de voir notre vérité, la vérité sur nos parents et nos éducateurs, mais aussi sur nous-mêmes. Nous pouvons seulement faire semblant d'être aimés. »(Miller A. 1994, p. 41)

  • « Un enfant aimé apprendre dès le départ ce que c'est que l'amour. Un enfant délaissé, méprisé exploité, n'a jamais été autorisé à l’apprendre. Mais moi je veux le savoir, et je l'apprends avec mon ami, lentement, chaque jour à nouveau (…). Je sais qu'un jour je saurai, avec certitude, que je suis capable d'aimer. » (Miller, A. 1994, p. 48)

  • « Ce ne sont pas les beaux sentiments, les sentiments agréables, qui m'ont ouvert de nouveaux horizons, mais ceux contre lesquels je me suis le plus défendu : ceux qui me faisaient me sentir minable, petit, mauvais, impuissant, confus, exigeant, rancunier ou en désarroi. Et surtout triste et seul. (Miller, A. 1994 p.53)

  • « Un aspect social de la dépression. L’adaptation doit-elle nécessairement conduire à la dépression ? (…) L'individu doit trouver un soutien en lui-même s'il ne veut pas devenir le jouet des divers intérêts et idéologiques. (…) Pour qui veut vivre sans dépression ni drogue, il demeure nécessaire de trouver son soutien dans le vrai Soi, c'est-à-dire dans l'accès à ses propres besoins et sentiments réels, et la possibilité de les exprimer clairement. (…) Seul ses expériences vécues montrent au patient que son adaptation précoce, au prix de son intégrité, n'était pas une lâcheté, mais réellement sa seule chance de survie, sa seule possibilité d'échapper à cette peur de l'anéantissement. » (Miller, A. 1994 p.57 & 78)

  • « L'enfant doit s'adapter pour conserver l'illusion de l'amour, de l'affection, de la bienveillance à son égard. L'adulte n'a plus besoin de cette illusion pour survivre. Il peut renoncer à son aveuglement, pour décider lucidement de ses actes. » (Miller, A. 1994 p.59)

  • « Si nous partons du principe que tout le développement affectif d'un être humain dépend de la manière dont, dès les premiers jours et semaines de sa vie, ses parents ont vécu l'expression de ses besoins et ses sensations et y ont répondu, il nous faut admettre qu'ont été jetées là les prémices d'une tragédie. Si une mère n'a pu remplir sa fonction de miroir, n'a pu prendre plaisir à l’être de son enfant mais avait besoin qu'il soit comme ceci ou comme cela, la première sélection a déjà eu lieu : le bien a été séparé du mal, le lait beau, le juste Dufaut. Cette sélection a été intériorisée par l'enfant. Et sur cette toile de fond il va intérioriser d'autres valeurs parentales. » (Miller, A. 1994 p.76)

  • « Ce sentiment de culpabilité, l'accablant sentiment de n'avoir pas répondu aux attentes des parents, beaucoup de gens le conservent leur vie entière. Ils ont beau savoir intellectuellement qu'un enfant n'a pas pour devoir de satisfaire les besoins de ses parents, ce sentiment de culpabilité est plus fort. Il résiste à tous les arguments, car il a ses racines dans l'aube même de la vie et y puise son intensité et son nom opiniâtreté. La plaie sans doute la plus profonde, ne pas avoir été aimé tel qu'on était, ne peut guérir sans travail du deuil. » (Miller, A. 1994 p.77)

  • « Seul ses expériences vécues montrent au patient que son adaptation précoce, au prix de son intégrité, n'était pas une lâcheté, mais réellement sa seule chance de survie, sa seule possibilité d'échapper à cette peur de l'anéantissement. » (Miller, A. 1994 p.78)

  • « La théorie ne doit pas avoir une fonction défensive pour le thérapeute. Elle ne doit pas devenir le successeur des parents sévères qui veulent tout contrôler. » (Miller, A. 1994 p.83)
     
  • « Ce qui nous rend malades, c'est l'impénétrable, les contraintes sociales que nous avons intériorisées à travers les yeux des parents et dont aucune lecture ou acquisition de connaissances ne peut nous débarrasser, et aussi nos souvenirs inconscients. (…) Cependant, la thérapie n'a pas pour objet de corriger le destin du patient, mais de lui permettre la rencontre avec son propre destin et d'effectuer le travail du deuil. Le patient doit pouvoir trouver en lui ses sentiments originels refoulés, afin de parvenir à vivre consciemment la manipulation inconsciente et le manque de considération des parents, et a s'en délivrer. » (Miller, A. 1994 pp. 90 & 91)
     
  • « Les hommes et les femmes qui ont découvert leur passé ont appris à tirer au clair leurs sentiments et à explorer leurs vraies raisons, ne sont plus astreints à transférer leur haine sur des innocents pour épargner ceux qui l'ont vraiment mérité (leurs parents). (…) Par l'éveil de leur conscience, les hommes et les femmes qui sont prêts à exhumer leur histoire des ténèbres de l'oubli pourront apporter plus de lumière et de clarté dans le ciel sombre de notre monde déchiré. » (Miller, A. 1994 pp. 98 & 99)
     

Annexe

Le drame de l’enfant doué : Le cercle vicieux du mépris & Les racines de la violence

Alice Miller (1996) Le drame de l’enfant doué : Le cercle vicieux du mépris & Les racines de la violence. (1er ed 1979). PUF pp 105-107)

  • Depuis quelques années, il est scientifiquement prouvé que les effets dévastateurs des traumatismes infligés à l’enfant se répercutent inévitablement sur la société. Cette vérité concerne chaque individu pris isolément et devrait - si elle était suffisamment connue - conduire à modifier fondamentalement notre société, et surtout à nous libérer de l’escalade aveugle de la violence. Les points suivants voudraient préciser cette thèse :
  1. Tout enfant vient au monde pour s’épanouir, se développer, aimer, exprimer ses besoins et ses sentiments.
     
  2. Pour s’épanouir, l’enfant a besoin du respect et de la protection des adultes, qui le prennent au sérieux, l’aiment et l’aident à s’orienter.
     
  3. Lorsque l’enfant est exploité pour satisfaire les besoins de l’adulte, lorsqu’il est battu, puni, manipulé, négligé, qu’on abuse de lui et qu’on le trompe, sans que jamais un témoin n’intervienne, son intégrité subit une blessure inguérissable.
     
  4. La réaction normale à sa blessure serait la colère et la douleur. Mais, dans la solitude, l’expérience de la douleur lui serait insupportable, et la colère lui est interdite n’a d’autre solution que de réprimer ses sentiments, de refouler le souvenir du traumatisme et d’idéaliser ses agresseurs. Plus tard, il ne sait plus ce qu’on lui a fait.
     
  5. Ces sentiments de colère, d’impuissance, de désespoir, de nostalgie, d’angoisse et de douleur, coupés de leur véritable origine, trouvent malgré tout à s’exprimer au travers d’actes destructeurs, dirigés contre les autres (criminalité, génocide) ou contre soi-même (toxicomanie, alcoolisme, prostitution, troubles psychiques, suicide).
     
  6. Devenu parent, on prend souvent pour victime ses propres enfants, qui ont une fonction de bouc émissaire : persécution pleinement légitimée par notre société, où elle jouit même d’un certain prestige dès lors qu’elle se pare du titre d’éducation. Le drame, c’est que le père ou la mère maltraite son enfant pour ne pas ressentir ce que lui ont fait ses propres parents. Les racines de la future violence sont alors en place.
     
  7. Pour qu’un enfant maltraité ne devienne ni criminel ni malade mental, il faut qu’il rencontre au moins une fois dans sa vie quelqu’un qui sache pertinemment que ce n’est pas lui, mais son entourage qui est malade. C’est dans cette mesure que la lucidité ou l’absence de lucidité de la société peut aider à sauver la vie ou contribuer à la détruire. Ce sera la responsabilité du personnel d’assistance sociale, des thérapeutes, des enseignants, des psychiatres, des médecins, des fonctionnaires, des infirmières.
     
  8. Jusqu’à présent, la société a soutenu les adultes et accusé les victimes. Elle a été confortée dans son aveuglement par des théories qui, parfaitement conformes aux théories de l’éducation de nos arrière-grands-parents, voient en l’enfant un être sournois, animé de mauvais instincts, fabulateur, qui agresse ses parents innocents ou les désire sexuellement. La vérité, c’est que tout enfant a tendance à se sentir lui-même coupable de la cruauté de ses parents. Les aimant toujours, il les décharge ainsi de leur responsabilité.
     
  9. Depuis quelques années seulement, l’application de nouvelles méthodes thérapeutiques a permis de prouver que les expériences traumatiques de l’enfance, refoulées, sont inscrites dans l’organisme, et qu’elles se répercutent inconsciemment sur la vie entière de l’individu. De plus, des ordinateurs qui ont enregistré les réactions de l’enfant dans le ventre de sa mère ont révélé que le bébé sent et apprend, dès le tout début de sa vie, la tendresse aussi bien que la cruauté.
     
  10. Dans cette nouvelle optique, tout comportement absurde révèle sa logique jusqu’alors cachée, dès l’instant où les expériences traumatiques de l’enfance ne restent plus dans l’ombre.
     
  11. Dès que nous serons sensibilisés aux traumatismes de l’enfance et à leurs effets, un terme sera mis à la perpétuation de la violence de génération en génération.
     
  12. Les enfants dont l’intégrité n’a pas été atteinte, qui ont trouvé auprès de leurs parents la protection, le respect et la sincérité dont ils avaient besoin, seront des adolescents et des adultes intelligents, sensibles, compréhensifs et ouverts. Ils aimeront la vie et n’éprouveront pas le besoin de porter tort aux autres ni à eux-mêmes, encore moins de se suicider. Ils utiliseront leur force uniquement pour se défendre. Ils seront tout naturellement portés à respecter et à protéger les plus faibles, et par conséquent leurs propres enfants, parce qu’ils auront eux-mêmes fait l’expérience de ce respect et de cette protection, et que c’est ce souvenir-là, et non celui de la cruauté, qui sera inscrit en eux.

Dit autrement

  1. Enfant
    1. La seule raison d’être d’un être c’est ÊTRE
    2. Pour ÊTRE, il a besoin de l’autre pour s’orienter
    3. Il sera blessé à vie, s’il est l’objet des adultes (mépris)
  2. Enfant devenu adulte
    1. Il refoulera sa colère et sa douleur
    2. Leurs comportements induits seront soit agressifs (l’autre) soit autodestructifs (soi-même)
  3. Adulte devenant parents
    1. Ils porteront la maladie de leurs propres parents
    2. Ils reporteront sur leurs enfants et leur environnement ces comportements
  4. Enfants de ces adultes
    1. Ils se sentiront coupables de la cruauté de leurs parents et les déchargeront de leur responsabilité (idéalisation)
    2. Le fœtus et le bébé sentent et apprennent (tendresse/cruauté) comme expériences traumatiques refoulées et inscrites dans l’organisme
  5. Enfants de ces adultes devenant adulte
    1. Les comportements absurdes sont des réminiscences de ces expériences traumatiques refoulées
    2. La mise à jour de ces traumatismes signe l’arrêt des symptômes
  6. Aimer la vie (pulsion de vie) ou la détruire (pulsion de mort)
    1. L’adulte conscient de cet héritage n’éprouve plus le besoin de porter tort aux autres ni à soi-même

 

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