Mythes, rêves et mystères

TitreMythes, rêves et mystères
Publication TypeBook
AuthorsEliade, M
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Le mythe se trouve être le fondement même de la vie sociale et de la culture. () Si le mythe n'est pas une création puérile et aberrante de l'humanité ‘primitive’, mais l'expression d'un mode d'être dans le monde, que sont devenus les mythes dans les sociétés modernes ? (…) C'est en analysant l'attitude du moderne à l'égard du temps qu'on peut découvrir le camouflage de son comportement mythologique. (Eliade, 1953, pp 21-23-34)

 

  1. Solidaire & Confusion
    • « Toutes les disciplines de l'esprit et toutes les sciences de l'homme sont également précieuses, et leurs découvertes sont solidaires. Mais solidaire ne signifie pas confusion. L'important est d'intégrer les résultats des diverses démarches de l'esprit, et non pas de les confondre. La méthode la plus sûre (…) reste toujours d'étudier un phénomène dans son propre plan de référence, quitte a intégré ensuite les résultats de cette démarche dans une perspective plus large. » (Eliade 1972 pp.11-12)
       
  2. Homologation & Réduction
    • « D’un certain point de vue les psychologues ont raison; il existe une possibilité d’homologuer la Fonction des figures et le résultat des Événements sur les plans parallèle de l'activité inconsciente et de la religion et la mythologie. Mais on ne doit pas confondre l'homologation avec la réduction. C'est lorsque le psychologue explique une Figure ou un Événement mythologiques, en les réduisant à un processus de l'inconscient, que l'historien des religions hésite à le suivre, et peut-être n'est-il pas le seul. Au fond, cette explication par réduction équivaudrait à expliquer Madame Bovary par un adultère. Or, Madame Bovary existe uniquement sur son plan de référence, qui est celui d'une création littéraire, d'une œuvre de l'esprit. » (Eliade 1972 pp.12)
       
  3. Mythe : structure du réel & modalité d’être
    • « Le mythe se définit par son mode d'être : ils ne se laissent saisir en tant que mythe que dans la mesure où il révèle que quelque chose s'est pleinement manifesté, et cette manifestation est à la fois créatrice et exemplaire, puisqu'elle fonde aussi bien une structure du réel qu'un comportement humain. (…) Les mythes révèlent les structures du réel et les multiples modes d'être dans le monde. C'est pourquoi ils sont le modèle exemplaire des comportements humains : ils révèlent des histoires vraies, se référant aux réalités. Mais ontophanie implique toujours théophanie ou hiérophanie. (…) En révélant l'histoire de ce qui s'est passé in ill tempore (dans ces temps là), on révèle du même coup une irruption du sacré dans le monde. » (Eliade 1972 p.13) (hiérophanie : Manifestation du divin, du sacré dans un objet, présente dans toute religion.)
       
  4. La fonction des mythes : Mystère • Exemplarité • Universalité (La différence radicale entre les mythes et les rêves et l’ ICs)
    • « Il n'y a pas mythe s'il n'y a pas dévoilement d'un mystère, révélation d'un événement primordial qui a fondé soit une structure du réel, soit un comportement humain. D'où il résulte que, par son propre mode d'être, le mythe ne peut pas être particulier, privé, personnel. Il ne peut se constituer en tant que mythe que dans la mesure où il révèle l'existence de l'activité des êtres surhumains, se comportant d'une manière exemplaire ; ce qui revient dire : se comportant d'une manière universelle, car devient un modèle pour le monde tout entier. (…) (Eliade 1972 p.14)
       
    • Le mythe est assumé par l'homme en tant qu'être total, il ne s'adresse pas seulement à son intelligence ou à son imagination. Lorsqu'il n'est plus assumé comme une révélation des mystères, le mythe se dégrade, il s'obscurcit, devient compte ou légende. (…) (Eliade 1972 p.14)
       
    • Il n'est pas besoin de longues analyses pour montrer qu'un rêve n'arrive pas à se hausser à un régime ontologique semblable. Il n'est pas vécu par l'homme total et, partant, ne réussit pas à transformer une situation particulière en situation exemplaire, universellement valable. (Eliade 1972 pp.14-15)
       
    • On a conclu peut-être un peu vite, que les créations de l'inconscient sont la matière première de la religion et de tout ce qu'elle comporte : symboles, mythes, rites, etc. (;) l'homologation entre les personnages et les événements d'un mythe et d'un rêve n'implique pas leur identité frontière. On ne répétera jamais assez ce truisme (évidence), car la tentation est toujours là d'expliquer les univers spirituels par leur réduction à une origine pré-spirituelle. (Eliade 1972 p.15)
       
  5. Les mythes du monde moderne
    1. Le mythe se trouve être le fondement même de la vie sociale et de la culture. (Eliade, 1953, p 21)
       
    2. Si le mythe n'est pas une création puérile et aberrante de l'humanité ‘primitive’, mais l'expression d'un mode d'être dans le monde, que sont devenus les mythes dans les sociétés modernes ? (Eliade, 1953, p. 23)
       
    3. C'est en analysant l'attitude du moderne à l'égard du temps qu'on peut découvrir le camouflage de son comportement mythologique. (Eliade, 1953, p. 34)
       
    4. La vraie « chute dans le Temps » commence avec la désacralisation du travail ; c'est seulement dans les sociétés modernes que l'homme se sent prisonnier de son métier, car il ne peut plus échapper au Temps. Et parce qu'il ne peut « tuer » son temps durant les heures du travail – c'est-à-dire alors qu'il jouit de sa véritable identité sociale – il s'efforce de « sortir du Temps » dans ces heures libres ; d'où le nombre vertigineux de distractions inventées par les civilisations modernes. En d'autres termes, les choses se passent justement à rebours de ce qu'elles sont dans les sociétés traditionnelles, où les distractions n'existent presque pas, car la « sortie du Temps » s'obtient par tout travail responsable. (…) Autant dire que la « chute dans le Temps » se confond avec la désacralisation du travail et la mécanisation de l'existence qui s'ensuit ; qu'elle entraîne une perte à peine camouflée de la liberté – et la seule évasion possible à l'échelle collective reste la distraction. (…) On ne peut pas dire que le monde moderne est complètement aboli le comportement mythique : il en a seulement renversé le champ d'action. Le mythe n'est plus dominant dans le secteur essentiel de la vie,  il a été refoulé, soit dans les zones obscures de la psyché, soit dans des activités secondaires ou même irresponsables de la société. (…)  Il faut redécouvrir les sources spirituelles de ces arts en nous-mêmes, il faut prendre conscience de ce qui reste encore de mythique dont une existence moderne, et qui reste-tel, justement parce que ce comportement est lui aussi consubstantiel à la condition humaine, en tant qu'il exprime l'angoisse devant le temps. (Eliade, 1953, pp. 37 – 39)

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