Le lien éducatif : contre-jour psychanalytique

TitreLe lien éducatif : contre-jour psychanalytique
Publication TypeBook
Year of Publication1994
AuthorsCifali, M
PublisherPUF
Mots-clésÉducation, Enfants, Interaction en éducation, Psychanalyse
Full Text

Grandir n'advient que si l'humain est en relation avec un autre semblable, il se perd s'il n'y a pas un autre humain pour l'accompagner. (Mireille C. 1994, p.257)

 

Notes en tension dialectique

  • Transfert & Apprentissage : l’amour (transfert positif) / la haine (transfert négatif)
     

Citations

  • “Nous pourrions également penser qu’être normal signifie être bien dans sa peau, dans son corps, en harmonie avec soi-même, le monde, les autres. L’attrait de cette image d’Epinal ne cesse d’entretenir chacun dans la souffrance de ne pas y parvenir. Un nombre toujours plus grand de thérapies promettent l’harmonie retrouvée, la santé à tous les niveaux […] La psychanalyse s’est inscrite en faux contre cette conception : un être humain ne peut qu’être désadapté dans son rapport aux autres, à soi et au monde ; il n’existe que déplacé, jamais adéquat. C’est de là que naît la capacité de penser, de créer, dans une souffrance inéluctable. La vie du désir ne se confond pas avec le nirvana ; elle est quête perpétuelle, issue d’un mal-être, d’une faille fondatrice de son destin. Son inadaptation première est inaugurée par sa confrontation aux réalités préexistantes, quand il se croit tout-puissant. Le monde ne sera jamais selon ses désirs et l’autre jamais à son entière disposition. L’accepter, c’est au moins ne plus courir après ce qui n’existe pas et se meurtrir de ne pas y arriver.” (Cifali M. 1994, p.44)
     
  • "Le transfert négatif est précieux. On croit généralement que l’opposition, le désir de venir à bout de l’autre, va aboutir à la rupture de la relation. C’est pourquoi on fait tout pour être dans une bonne atmosphère, sans conflit, dans l’amour partagé, la complicité ; tout pour maintenir le contexte au beau. (…) c’est souvent trop d’amour qui provoque la rupture. La tension conflictuelle (…) est même essentielle à la progression. Accepter le transfert négatif, c’est accepter de travailler dans tous les registres de sentiments. La haine comme l’amour est inépuisable. Tout professionnel de l’humain devrait être capable d’en supporter l’épreuve." (Cifali M. 1994, p.169)
     
  • “Nous connaissons ces duels entre deux éléments. Il s’agit de l’instruction et de l’éducation ; du savoir et de la relation ; de la raison et de l’intuition ; de la technique et de l’amour ; du social et du sujet individuel ; de l’intellect et du cœur… Ils émanent de deux antagonismes plus fondamentaux : cœur et raison ; sujet et social. Tantôt l’un, tantôt l’autre rêve de s’imposer. Nous aboutissons surement à une impasse : puisqu’il y a simplification de la réalité, il ne peut résulter de gagnant définitif. Un jour ou l’autre, l’adversaire refait surface et l’emporte. L’aller et le retour est incessant. Il est évident que, pour reconnaitre cette complexité où les deux termes sont intimement intriqués, nous devons nous extraire d’un tel dualisme. Travailler dans l’affect retentit au plan cognitif ; travailler dans le cognitif se répercute dans l’affect. Il importe donc de penser autrement, entretenir une dialectique, une structure dialogique entre les positions antagonistes… (…) L’avenir appartient à leur articulation, à leur présence contradictoire, et non dans le choix de l’un et l’exclusion de l’autre, dans une succession infinie”. (Cifali M. 1994, p.256)
     
  • Une difficulté en question. « Si on décrit un enfant, c’est qu’il pose quelque difficulté, reconnaissons-le. De manière plus générale, les adjectifs fleurissent. Naturellement, on épingle en négatif. Il n’est pas, ne sait pas, ne peut pas, n’arrive pas. Le verdict est sans appel : il ment, vole, agresse, il est démotivé, inattentif, paresseux, inintelligent. Les adjectifs se succèdent : bavard, dissipé, distrait, rêveur, apathique, borné, méchant, sadique, sale, fuyant, agressif, violent, hystérique, agité, chahuteur, quand il n’est pas arrogant, insaisissable, imperméable. Ce sont les qualitatifs d’aujourd’hui, repris à peine dépoussiérés au vocabulaire d’antan. Les adjectifs se bousculent pour cerner un enfant. Un enfant est muet ou bavard; trop ou pas assez actif; trop ou pas assez curieux; mou ou agressif; trop ou pas assez scolaire. L’empire de l’enfant adjectivé (…) La difficulté peut, elle, devenir le symptôme de nos discours, parfois même un alibi de paroles à la recherche de drame. Elle nous donne de quoi causer, nous rend presque intelligent puisque nous pouvons la désigner. On peut cependant se demander : “Tout ceci, au bénéfice de qui ? » (Cifali M. 1994)
     

Autres références

  • « L'éducation est une relation dissymétrique, nécessaire et provisoire, visant à l'émergence d'un sujet.»
  • « L'éducation est donc un projet et non pas seulement une pratique sociale identifiable (comme le scolaire ou le pédagogique): c'est un vouloir…/…. Ce projet, ce n'est non pas seulement la transmission de savoirs, ni même seulement la transmission de valeurs, d'une culture ; c'est bien au-delà : recommencer à chaque génération la construction de la fragile humanitude. …/… On ne naît pas humain, on le devient par l'éducation. Et c'est un travail inachevable qu'on ne fait pas seul.»

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